Gilles Apap ~ 18.5 at the Künstlerhaus
Le plus grand violoniste de sa génération …
Boswil, peu après Aarau. Une petite église protestante rénovée, de blanc immaculé. Un violoniste, un contrebassiste, une accordéoniste et un joueur de cymbalum (aka piano tzigane). Gilles Apap, Philippe Noharet, Myriam Lafar et Ludovit Kovac. Le premier est un cousin de ma maman, du côté de mon grand-père. Elle ne l’avait pas revu depuis des années et des années, n’ayant de plus jamais pu le voir en concert. Puis un jour, il y a peu, il est passé près d’ici. Et depuis elle assiste à pratiquement tous les concerts qui sont proches de chez nous.
Cette fois-ci, j’ai accompagné ma maman pour le voir enfin aussi.
Alors bien sûr, le classique n’est pas ma tasse de thé. Je connais, plus ou moins, les grands classiques (j’insiste sur les grands…) et c’est donc sans aucun a priori que j’y allais. Des a prioris, certains en ont à son égard. Car Gilles ne s’arrête pas à simplement jouer et re-jouer les partitions centenaires de Vivaldi ou Mozart. Non, il y ajoute de très nombreuses influences. Des influences qu’il a côtoyé à travers ses voyages ou grâce aux personnages qu’il a rencontré tout au long de sa vie, tel Yehudi Menuhin (éminent violoniste américain d’origine russe, 1916-1999). Ceci lui a valu d’ailleurs de lourdes critiques, le jugeant beaucoup trop hors de propos dans des concerts classiques. Moi, je trouve qu’il contribue justement à rendre intéressant la musique classique à un plus large public, un public qui aurait peut-être peur de rentrer dans ce monde trop rigoureux.
Et quel magnifique mariage. Inde, blue-grass américain, folk irlandais, jazz, tzigane, ce tour du monde musical vient embrasser le classique, les 4 saisons de Vivaldi notamment. C’est d’une beauté à couper le souffle. Et quelle agilité sur son violon. On a l’impression qu’ils ne font plus qu’un. Et contrairement à la rigueur d’un orchestre traditionel, Gilles se lève, se déplace, sourit, rigole avec ses compagnons, bref, il vit véritablement sa musique. Il prend un plaisir immense à jouer et le transmet à son public dans une grande générosité.
Chaque musiciens a eu droit à son solo. Ludovit a joué sur son cymbalum à une vitesse fulgurante, hallucinante. Quelle prouesse, car quand je me suis approché de son intrument à la pause, j’étais bluffé par sa complexité. Véritable ancêtre du piano, il faut une sacrée précision pour frapper, comme le ferait les marteaux d’un piano classique, les cordes tendues. Myriam a joué de son accordéon divinement et, si on fermait les yeux, on avait l’impression de se retrouver à Paris, Montmartre, au milieu des cafés. Et Philippe claquait les cordes de sa contrebasse, véritable mastodonte des instruments, et se laissait aller à des accords jazz sublimes.
Et surtout, ce fut la rencontre d’un homme incroyable. J’étais vraiment ému de le rencontrer, surtout après une telle claque musicale. Durant le trajet de retour, il nous a raconté ses voyages, ses rencontres musicales, ses mésaventures. Bref, j’ai découvert un grand cousin vraiment génial, rempli d’humanité. Un musicien hors du commun, intemporel, unique. Ce genre de rencontre vous transforme, vous apprend tellement que vous voyez les choses autrement…
Extrait d’un article paru dans Le Monde en ‘98 (par Phillip de la Croix), à méditer … :
Gilles Apap: Parce que quand je le propose (de jouer des concerts), ici, en France, on me répond qu’on n’a pas de moyens pour me payer, et quand j’ajoute: “Mais c’est gratuit”, on me prend pour un fou.











