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The Shock Doctrine

septembre 19, 2008

only a crisis, actual or perceived, produces real changes…

Milton Friedman [1912-2006, économiste américain, Prix Nobel d’économie en ’76]

Cela parait déjà loin…

En cette dernière année d’apprentissage, nous devions accomplir un travail de maturité portant sur un sujet en relation avec les livres étudiés en classe.

En philo, nous nous sommes penchés sur 3 livres incroyables, troublants et alarmants. 3 livres portant sur des utopies futuristes, bien que parfois si proches de nous. « Globalia », « Le Meilleur des Mondes » et « 1984 » furent nos livres de chevets pendant cette 3e année.

Par groupes de trois ou quatre, nous avons du nous lancer dans ces sujets et, accompagnés de Morrad Sadegh (qui ne resta pas jusqu’au bout) et Aline Imfeld, nous choisîmes « Le Contrôle Social ».

Les débuts furent rudes, le terme pouvant toucher à énormément de sujets, tous plus intéressants les uns que les autres. Mais, comme les diesels, lorsque la machine est lancée, elle est bien lancée ! Moults après-midis furent consacrés à cette étude, à des débats entre nous, à la rédaction et finalement à la mise en page. Dans les temps !

Aline et moi avons été et sommes toujours très fiers de ce travail. Nous y avons mis beaucoup de passion,  d’envie et le temps nous a même manqué sur la fin, par notre faute il est vrai… Si nous avions commencé de suite sur cette voie, nous aurions pu encore plus l’étoffer. Mais on ne refait pas l’histoire. On avance, avec ce que l’on a.

Le Contrôle Social

Cette plongée dans ce qui pourrait être notre futur m’a complètement réveillé à ce que le monde a de plus sombre et complexe. L’économie et la politique. Ces deux domaines se touchent, se rejoignent et parfois se complètent. Mes devoirs civiques me paraissaient dérisoires jusqu’au début de cette année, cela ne me touchait pas. Mais quand on comprend l’importance de la démocratie, la vraie, on ne peut rester comme un con et regarder des votations anti-démocratiques ou nous privant de libertés surgir.

Je ne me rappelle plus exactement comment je suis tombé sur son livre. Ce que je sais, c’est que le titre m’a tout de suite touché. La vidéo l’introduisant aussi …

La stratégie du choc. Ou la montée du capitalisme du désastre. Voilà l’idéologie développée par l’économiste américain Milton Friedman. Depuis son université de Chicago qui deviendra par la suite le nom même de son mouvement (L’Ecole de Chicago), Friedman prône le capitalisme sauvage, dans sa version la plus pure et la plus dure : privatisation en masse, réduction de l’Etat au niveau d’une coquille vide, coupe dans les aides sociales, hausse des prix, non-interventions de l’Etat en cas de crise, marchés totalement libres, etc… Il pense que, grâce à ces interventions, les marchés se ré-ajusteront d’eux-même et que cela est le seul avenir économique viable. Si dans ses adversaires se trouvaient bien évidemment le communisme et son marché planifié, il en est un dont Friedman détestait par dessus tout. John Maynard Keynes, celui qui prônait une intervention de l’Etat lors de crises économiques et plus précisément pendant la période charnière que fut l’Entre-deux guerres. Le fait est que, s’il pouvait diabloliser facilement les communistes pendant la Guerre Froide, Keynes l’était beaucoup moins.

Et pour asséner ces mesures, impossibles à établir en temps normal, le choc est la solution.

Le début du livre m’a beaucoup rappelé celui de notre TM. Mme Klein y relate les expériences de la CIA durant les années 50. Les chercheurs croyaient avoir trouvé la solution aux maladies mentales ou à Alzheimer. Le choc : sous forme de torture, de drogues injectées, de décharges électriques, de confinement dans des cellulles minuscules pendant des semaines et des semaines, tout un arsenal utilisé dans un seul but : réduire à néant le psychisme humain, le remettre, s’il l’on peut dire, à zéro. Retourner à l’état d’enfant. Et recommencer une nouvelle vie sans la maladie. Mais ces expériences, dont la volonté était de repartir sur de nouvelles bases, ne donnèrent absolument pas satisfaction et les sujets furent encore plus déréglés. Une rencontre de l’auteur avec une victime de ces expérience montre précisément l’échec de la doctrine du choc.

Après cette mise en avant de de la théorie du choc sur une seule personne, Naomi Klein le constate à un niveau social, au niveau de pays entiers. Et Milton Friedman s’inspira de cette théorie pour appliquer ses projets néolibéraux.

Puis c’est la descente aux enfers. De nombreux pays de l’Amérique Latine, alors même qu’ils prospéraient sous des économies démocratiques et socialistes, furent balayés par de soi-disantes nouvelles démocraties instaurant un renouveau économique. En vérité, c’était de véritables dictatures qui étaient menées par le bout du nez par les disciples de Friedman, appelés les Chicago Boys. Augusto Pinochet, mort avant le jugement de ses odieux crimes, a eu de nombreux contact avec le Prix Nobel. Les coups d’Etats alors menés de l’Argentine à la Bolivie furent autant de chocs infligés au populations. Et dans un état de choc, les gens ne se concentre que sur une chose : la survie. Non pas la privatisation de nombreuses entreprises d’état, ni des coupes budgétaires drastiques dans les caisses maladies, les aides sociales et ainsi de suite. Voilà où se situe l’horreur. Et comme sous les régimes nazis ou communistes, les opposants sont torturés, enfermés ou disparaissent comme par magie… Un autre choc infligé à la population : les mères sud-américaines ont défilés pendant des années portant le portrait de leur mari disparu.

Research Files for the Shock Doctrine

by Debra Levy

L’Amérique Latine fut le premier laboratoire de la théorie du choc. Suivi l’ère Thatcher pendant la guerre des Malouines, la Pologne dont Solidarnosc fut appatée puis trahie, l’Afrique du Sud, la Russie sous Elstine, les Tigres asiatiques, la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina, les pays dévastés par le Tsunami en 2004 (Sri Lanka en tête) et l’Irak.

L’Irak. Une véritable guerre privée dont les enjeux étaient purement financiers pour bon nombre de sociétés pétriolières et de sécurité. Sa description par Naomi Klein, qui a été sur le terrain, est tout simplement révoltante.

Dans notre TM, nous avions évoqué la possibilité que des PDG de multinationales soient à des postes décisifs du gouvernement et dans quelle mesure ce serait un désastre. Nous n’étions pas loin de la vérité. Sous l’administration Bush, quelques personnages comme Donald Rumsfeld étaient les administrateurs d’entreprises privées de sécurité (Blackwater, Lockheed sont citées) et donc leurs décisions gouvernementales pouvaient influencer les revenus de leur entreprises florissantes de la sécurité intérieure. Ceci est prohibé, mais ils ont su passer outre par des chemins tortueux pour s’assurer une position double. C’est exactement la même chose qui a été développé dans le reportage sur Monsanto, le groupe agro-alimentaire, dont certains cadres sont ou ont été au gouvernement. Et dans une certaine mesure, c’est exactement ce genre d’Etat corporatiste qui existe dans Globalia. Un petit groupe d’élites s’en mets plein les poches à ne plus savoir que faire de leurs dollars tandis que les autres paient le prix du capitalisme et de la consommation effrénée.

De plus, elle évoque aussi cette montée des entreprises de sécurité intérieure. Caméras de surveillance, passeports biométriques, fichage informatique (la France est en plein dans la tempête avec EDVIGE) ainsi que des mercenaires employés comme remplacement de l’armée. Où cette économie est en plein boom, c’est aux USA et en Israel. La situation de guerre presque permanente au Moyen-Orient favorise ce commerce technologique. Et on retrouve à nouveau les visions futuristes de Globalia et 1984, où une guerre permanente permet de contrôler les masses et augmenter la consommation de ces produits, soit-disant pour se protéger. Derrières des murs, technologiques ou de beton, on se cache de ce que l’on a peur. Et certains utilisent cette peur pour s’en mettre plein les poches. Au point que cette industrie profitant des désastres puisse dépasser en dollars ceux du cinéma ou de la musique.

Heureusement, la fin se conclut sur quelques notes positives. L’Amérique Latine se remet doucement des chocs infligés il y a 30 ans et désormais, les ficelles de ce capitalisme du désastre sont connues. Et espérons le, aussi grâce à ce livre traduit en sept langues…


http://www.naomiklein.org/shock-doctrine/photos

Mme Klein a, pour chaque évènement cité ci-dessus, traité de manière complète et avec énormément de sources, de recherches et d’interviews. Ce livre a nécessité 4 ans de travail au quatre coins du monde (elle s’est aussi déplacée vers les zones détruites par le Tsunami, notamment). Et une collaboration de beaucoup de personnes chères à Naomi Klein. Un chapitre entier est utilisé pour les remercier et on ressent une énorme gratitude de sa part. Ce n’est pas sans me rappeler l’émotion incroyable qui ressortait des making of de la trilogie du Seigneur des Anneaux (dans un sujet totalement différent, il est entendu…). Quand un projet d’une telle envergure est mené, on doit être entouré par des gens de confiances et passionés. Le combat ne peut pas être mené seul.

D’autre part, les attaques contre Naomi Klein n’ont pas tardé à survenir de toutes parts dans les milieux économistes. Le fait de diaboliser Milton Friedman par exemple ou de jouer sur certaines dates. Mais elle s’est toujours défendue âprement et réfute chacun de ces torts évoqué par ces brilliants néo-libéraux. Elle continue d’ailleurs depuis sa sortie de faire des conférences et d’étoffer son livre à travers son site internet.

NAOMI KLEIN

Ouvrir les yeux sur notre monde et ne pas se laisser berner par ceux qui essaient de nous manipuler et d’attiser nos peurs, voilà ce qui pourrait servir de conclusion. Je vous recommande juste vivement de vous y plonger, c’est vraiment intéressant d’un bout à l’autre et cela ne requiert guère de compétence d’économiste sorti d’HEC. Peut-être de temps à autre un dico ou wikipédia !

MH

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